Arrestation de Raphaël Boukandoura : la Turquie ne cesse de défier la liberté de la presse

Alors qu’il couvrait une manifestation pro-kurde à Istanbul ce lundi 19 janvier, le journaliste français Raphaël Boukandoura a été arrêté puis placé en garde à vue. Il lui est reproché par les autorités turques d’avoir scandé des slogans pro-kurdes, outrepassant la simple couverture des protestations autorisée par la police. Raphaël Boukandoura a démenti ces accusations dans sa déposition à son arrivée en garde à vue.

Le Ch'ti journaliste
3 min ⋅ 21/01/2026

Manifestation en Turquie organisée par le parti DEM © SIPA Press via LibérationManifestation en Turquie organisée par le parti DEM © SIPA Press via Libération

Ce lundi 19 janvier, le parti de l’opposition turc de l'égalité et de la démocratie des peuples (DEM) organisait une manifestation à Istanbul contre l’offensive de l’armée syrienne survenue le 7 janvier contre les quartiers kurdes de la ville d’Alep. Présent sur le terrain pour couvrir les évènements, le journaliste français Raphaël Boukandoura, travaillant pour Libération, Mediapart, Ouest France et le Courrier International a été arrêté puis placé en garde de vue au commissariat du quartier de Sarigazi où se déroulait la manifestation sans beaucoup plus d’explications. Ses médias employeurs — pour certains proches des idées du parti DEM — dénoncent une arrestation arbitraire rappelant que la liberté d’informer est un droit essentiel.

Libération immédiate de notre confrère

Ce n’est que mardi matin que l’information est parvenue en France. Le Syndicat national des journalistes (SNJ) et les médias pour lesquels travaille Raphaël Boukandoura en tant que correspondant ont immédiatement réagi via des communiqués réclamant sa libération immédiate. Les communiqués communs soulignent l’exemplarité du travail du journaliste joint par l’ONG Reporters sans frontières (RSF) rappelant que Raphaël Boukandoura ne faisait rien d’autre que son devoir légitime en couvrant cette protestation, ce qui n’a rien de “criminel” selon les mots d’Erol Onderoglu, le représentant d’RSF en Turquie. Effectivement doté d’une carte de presse turque valable, l’arrestation du journaliste illustre le pouvoir arbitraire du régime de Recep Tayyip Erdoğan.

Notre confrère Raphaël Boukandoura a été interpellé par la police turque, lundi 19 janvier à Istanbul, lors de la couverture d'une manifestation du parti pro-kurde DEM contre l'offensive syrienne dans le nord-ouest du pays.

Installé en Turquie depuis 10 ans avec sa famille, Raphaël Boukandoura travaille pour plusieurs médias français, dont le quotidien régional Ouest-France, le quotidien national Libération, le site d'informations Mediapart et l'hebdomadaire Courrier international (Groupe Le Monde).

Raphaël Boukandoura est désormais entre les mains des autorités turques. Le Syndicat national des journalistes (SNJ), première organisation de la profession, tient à rappeler avec force que ce journaliste ne faisait qu'exercer son métier.

Le SNJ, aux côtés des rédactions qui emploient Raphaël Boukandoura et des organisations de défense de la presse, exige la libération immédiate de notre confrère.

Paris

Mardi 20 janvier 2026

Dans sa déposition, à son arrivée en garde à vue, Raphaël Boukandoura conteste les faits qui lui sont reprochés et assure n’avoir en aucun cas participé à la manifestation. Le ministère des Affaires étrangères français, en lien avec l’ambassade de Turquie et le Consulat, s’est emparé du dossier dans la journée de mardi, déclarant suivre la situation de près, tout en se tenant prêt à exercer la protection consulaire, laissant espérer une libération voire un rapatriement.

Raphaël Boukandoura a cependant été transféré dans la journée vers un commissariat plus proche de l’aéroport, à Arnavutköy, laissant craindre une expulsion. Des nouvelles sont attendues dans la journée de ce mercredi, selon Emine Özhasar l’avocate du journaliste.

Une presse bâillonnée

Le cas de l’arrestation Raphaël Boukandoura, aussi brutale et arbitraire soit elle, n’est en aucun anodine, mais reflète bien la coercition exercée par le régime turque sur la presse et ses professionnels. Classée 159ème sur 180 en terme de liberté de la presse par RSF, la Turquie est l’un des pays où la presse est non seulement affaiblie, mais une cible de l’autoritarisme d’Erdoğan.

Cartographie de la liberté de l’état de la presse dans le monde en 2025. © RSFCartographie de la liberté de l’état de la presse dans le monde en 2025. © RSF

En 2025, au moins 29 journalistes ont été arrêtés en Turquie. Certains ont été poursuivi en justice et condamnés à des peines allant de l’emprisonnement à la peine de mort. Les journalistes kurdes, de gauche, ou liés de près comme de loin à ces causes sont le plus souvent arrêtés et accusés de propagandes pour le Parti des travailleurs kurdes, considéré comme organisation terroriste.

Dans la Turquie d’Erdogan, tous les moyens sont bons pour faire taire l’opposition, populaire comme médiatique. Le Stockholm center of freedom, reprenant les rapports de surveillance des médias du BIA (Bağımsız İletişim Ağı i.e. Réseau de communication indépendant), documente les arrestations, les poursuites judiciaires, les amendes infligées aux diffuseurs et la censure en ligne qui touchent les journalistes et les médias à travers la Turquie.

L’article de loi qui “justifie” le plus les arrestations de journalistes est l’article 299 du Code pénal turc, érigeant l’infraction pénale d’injure au président. Dans le cadre de cet article, plusieurs journalistes ont été condamnés pour espionnage et menaces au président.

Par un arrêt de 2021, la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH, 2e sect., Melike c/ Turquie, 15 juin 2021, n° 35786/19) a jugé cet article contraire à la liberté d’expression. Pour autant, les tribunaux turcs ont continué de l'appliquer en 2025 condamnant deux journalistes en vertu de ce même article.

Le Ch'ti journaliste

Par Lou Bazart-Gelly

À propos de l’auteur Lou Bazart-Gelly…

Je suis un étudiant en science politique avec option journalisme que je suis à l’ESJ de Lille.
J’écris et publie des articles pour le média étudiant CSactu
Journaliste en devenir, je m’intéresse à beaucoup de sujets que vous trouverez sur cette page et j’aime transmettre des informations que je trouve importantes et cruciales pour la société d’aujourd’hui.

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