Dans un monde où les médias jouent un rôle central dans la diffusion de l’information, leur neutralité et leur pluralité sont indispensables pour garantir leur mission informative. Pourtant, ces principes fondamentaux sont aujourd’hui fragilisés par des pressions économiques, politiques et idéologiques, remettant en question l’indépendance des médias et la liberté de la presse.
Dans un monde où les médias jouent un rôle central dans la diffusion de l’information, leur neutralité et leur pluralité sont indispensables pour assurer au mieux leur mission informative. Pourtant, ces principes fondamentaux sont aujourd’hui fragilisés, confrontés à des pressions économiques, politiques et idéologiques qui remettent en question l’indépendance des médias et la liberté de la presse.
L’indépendance des médias, conquise au gré des périodes et de leur valeurs, a toujours été un combat fragile, marqué par des périodes de liberté, de censure, d’avancées et de reculs. Aujourd’hui, cette liberté, garantissant une presse pluraliste et critique, est de nouveau menacée par la concentration des médias entre les mains d’industriels puissants. Publicité, privatisation et, plus récemment, emprise sur la formation des journalistes posent la question de l’avenir d’une presse libre, véritablement au service des citoyens.
La liberté de la presse se développe pendant la période révolutionnaire de 1789. L’article 11 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen marque un changement important pour la presse et ses libertés, stipulant que « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme ». Cependant, cette liberté est par la suite remise en cause au gré des différents régimes que connaîtra le pays. Entre avancées et reculs, le XIXe siècle est marqué par un retour de la censure pendant la Restauration et une surveillance étroite de la presse sous le IInd Empire.
Les quelques décennies peu favorables à la liberté de la presse aboutissent à la Troisième République. Ce nouveau régime voit la liberté de la presse revenir au premier plan avec la loi du 29 juillet 1881, qui établit un cadre légal de toute publication, garantissant ainsi une liberté relative, définit les libertés et les responsabilités de la presse française, supprime la censure préalable réduisant ainsi les charges qui pesaient jusqu’à présent sur les éditeurs.
Au XXe siècle, pendant l’Entre-deux-guerres, la presse devient un enjeu politique majeur et recouvre une part d’indépendance. C’est sous l’Occupation et le Régime de Vichy que la presse est censurée et contrôlée. Mais face à ces politiques de muselage de la presse, les journaux clandestins tels que Libération ou Combat se développent. Bien que censurés, ils sont indépendants et affirment leurs idées dans leurs publications malgré les risques de représailles par l’armée d’occupation nazie. Après la guerre, la presse se reconstruit autour de nouvelles lois censées garantir son indépendance, mais de nouveaux enjeux encore présents aujourd’hui viennent remettre la question de l’indépendance des médias au cœur des préoccupations.
Bien que les médias jouissent désormais de plus d’indépendance qu’à leurs débuts, cette indépendance n’est pas totale et tend à se réduire depuis un certain nombre d’années.
En effet le recul de cette indépendance s’introduit par le système de financement de la presse par la publicité. Depuis Le quotidien La Presse lancé par Emile Girardin en 1836, une grande part des financements des médias se fait par la publicité. Girardin avait, dans un esprit de démocratisation de l’information, baissé les prix de son quotidien, devant en retour multiplier les annonces publicitaires pour financer son journal. De ce fait, La Presse et les médias actuels développent une certaine dépendance aux publicitaires qui les financent, et se doivent de respecter les restrictions qu’ils leur imposent sans quoi les financements seraient coupés, et le média ferait faillite.
A qui appartiennent les médias français, décembre 2023, https://www.monde-diplomatique.fr/cartes/PPA
La privatisation des médias vient également remettre la question de leur indépendance en jeu. En effet, à partir des années 1980, les médias s’ouvrent à la privatisation. Le groupe TF1 devient alors privé en 1987, racheté par le groupe Bouygues auquel il appartient toujours. Étant désormais sous la tutelle d’un grand groupe industriel, l’indépendance éditoriale de TF1 est remise en cause.
Aujourd’hui, 80 % des médias sont sous la tutelle de 9 milliardaires, exerçant un contrôle plus ou moins important sur les médias qu’ils possèdent. Xavier Niel, qui possède des parts du journal Le Monde a assuré qu’il laissait au journal sa liberté et qu’il n’interfèrerait pas dans ses choix éditoriaux. Ce n’est pas le cas de Vincent Bolloré, qui lui contrôle ce qui est dit dans ses médias et s’en sert pour refléter ses idées politiques marquées à droite. Récemment racheté, le Journal du Dimanche a connu un virage à droite dans ses choix éditoriaux sous Bolloré, qui a nommé Geoffroy Lejeune, un journaliste d’extrême droite, à la tête du journal.
Dans le monde des médias d’aujourd’hui, l’emprise des milliardaires et des industriels propriétaires de médias, qu’elle soit légère comme pour Xavier Niel ou plus extrême avec Bolloré, est au cœur des enjeux d’indépendance de la presse, car elle pose la question cruciale de la capacité des journalistes et des rédactions à exercer leur métier librement, sans subir de pressions économiques, politiques ou idéologiques.
Opinion des Français concernant l'indépendance des journalistes face aux pressions politiques, du pouvoir ou de l'argent en 2023, https://fr.statista.com/statistiques/525778/opinion-sur-independance-des-journalistes-france/
Si l’on pouvait penser que l’emprise des industriels se limitait à la possession des médias et au contrôle exercé sur eux, le rachat de l’ESJ Paris marque une nouvelle dimension de cette emprise. Rachetée le 15 novembre 2024 par un consortium de milliardaires propriétaires de médias à l’initiative de l’entrepreneur Vianney d’Alençon, l’école de journalisme de paris est désormais dépendante des grosses fortunes qui la possède. Avec ce rachat, les milliardaires étendent leur emprise à la formation des journalistes, fragilisant davantage la liberté de la presse. De ce fait, les journalistes en devenir seront conditionnés aux méthodes et aux idéologies des propriétaires. Cette situation risque d’influencer non seulement les contenus qu’ils produiront à l’avenir, mais aussi leur conception même du métier, réduisant leur capacité à remettre en question les structures de pouvoir dont dépendent leurs employeurs. Ainsi, ce contrôle sur la formation constitue un levier supplémentaire pour les industriels, qui peuvent orienter subtilement, mais efficacement, les valeurs, les priorités éditoriales et l’indépendance critique des futurs professionnels de l’information.
Cette école n’est cependant pas reconnue par la profession et son influence sur le paysage journalistique reste limitée, du moins pour l’instant. Si d’autres écoles venaient à suivre le même chemin, c’est l’ensemble de l’écosystème de la presse qui pourrait en être affecté, avec des journalistes moins enclins à défendre une pluralité d’opinions et une réelle indépendance éditoriale.