Après la capture du dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro le 3 janvier dernier, le président Donald Trump, affranchi du droit international, avait dans la foulée annoncé vouloir s’emparer du Groenland. Une ingérence comme au Venezuela, cette fois au Groenland semble impensable sans qu’elle n’entraine l’Europe dans une crise diplomatique, le territoire faisant partie intégrante du Royaume du Danemark, membre de l’OTAN. Pourtant — malgré les menaces à l’encontre du Groenland et des pays n’approuvant pas ses envies expansionnistes — le président américain continue de se donner l’air d’un homme pacificateur avec son projet de Conseil de la paix.
Présent ce mercredi 21 janvier au Forum économique de Davos (Suisse), le 47e président des États-Unis a de nouveau tenu à vanter ses mérites et la supériorité de son pays sur l’Europe, déclarant qu’il n’y “avait que les États-Unis qui ont la capacité de protéger le Groenland, cet immense bloc de glace”. Le discours de plus d'une heure du président s'est alors davantage transformé en une tribune moralisatrice contre l'Europe jugée “méconnaissable” mêlée à une vitrine de la grandeur des États-Unis qui constitueraient un exemple à suivre.
Depuis son retour à la Maison Blanche il y a un an, Trump et son administration n’ont pas caché leur hostilité et leur désarroi quant aux politiques européennes, notamment en matière d’immigration et de sécurité. Ces critiques ont pris une toute autre dimension au cours du mois de janvier 2026 lorsque le dirigeant républicain a mis la pression sur le Danemark, le Groenland et donc l’Europe, menaçant de s’en emparer malgré la charte de l’OTAN, qui ne permet pas à un pays membre d’en envahir un autre.
Face à ces déclarations belliqueuses, la réponse des Européens est claire : le Groenland ne sera cédé ni par la force ni par son achat. Donald Trump a d’ailleurs profité de son discours à Davos pour faire redescendre les tensions, déclarant qu’il abandonnait la voie de la force.
L’année passée nous l’a montré : l’ancien homme d’affaires mène des attaques sur le volet économique pour amener les États le désapprouvant à aller dans son sens. Ainsi, la menace d’une augmentation des droits de douane envers les pays défendant le Groenland a vite été brandie par le président, notamment pour six d’entre eux. Parmi ces pays figure la France d’Emmanuel Macron, menacée de droits de douane de 200 % sur les vins et champagnes importés aux États-Unis par les producteurs français. Cette hausse surviendrait notamment après le refus du président français de participer au Conseil de la paix de Donald Trump.
Las de ces menaces budgétaires à rebours, le Parlement européen a, ce mardi, gelé la ratification de l’accord commercial UE–USA, négocié en juillet 2025 et prévoyant déjà 15 % de droits de douane sur les exportations européennes. Cette riposte de l’Union européenne aux États-Unis intervient dans un contexte particulier. Ces droits de douane, imposés sans le vote du Congrès américain au nom de l’urgence nationale, pourraient être jugés dans les jours à venir anticonstitutionnels par la Cour suprême et retirer à Trump son principal levier diplomatique.
À son retour de Davos, le président a, dans la soirée de mercredi, déclaré lever ses menaces, annonçant avoir obtenu un cadre de négociation pérenne avec les représentants du Danemark et du Groenland en vue d’un futur accord.
Trump l’a déjà montré au Venezuela, le droit international ne lui fixe pas de limite. Seule sa morale le fait, selon ses dires. L’organe chargé de réguler l’usage de la force internationale, le Conseil de sécurité de l’ONU, est marginalisé de facto par ces actions unilatérales, malgré le cadre juridique existant. D’autant plus que l’entrepreneur-président a officiellement présenté au forum de Davos son projet de « Conseil de la paix », visant précisément à concurrencer l’ONU pour servir les intérêts du clan présidentiel.
Ce Conseil s’inscrit dans la volonté « pacifiste » de Trump. Initialement prévu pour encadrer la transition politique à Gaza, le projet se mue, dans le contexte géopolitique actuel, en un outil plus global qui se veut répondre à l’ensemble des situations de conflits ou de tensions internationales.
Certains des pays invités à siéger pour la paix interpellent tout de même. Trump a lui-même déclaré que le président russe Vladimir Poutine, sous mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour les crimes de guerre menés en Ukraine, avait accepté son invitation à siéger. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, lui aussi poursuivi par la CPI pour les crimes perpétrés dans la bande de Gaza.
Outre ces deux dirigeants autoritaires qui mènent les guerres les plus médiatisées des années 2020, les dirigeants ayant accepté l’invitation de Trump ont en commun le fait d’être des dirigeants dont l’exercice du pouvoir s’inscrit dans un registre souverainiste et peu contraint par les institutions libérales. Pour cause, l’Argentin Javier Milei, le Hongrois Viktor Orbán, l’Azerbaïdjanais Ilham Aliyev, l’Égyptien Abdel Fattah al-Sissi, le Bahreïni Hamad ben Issa al-Khalifa et l’Arménien Nikol Pachinian siègeront à ce Conseil de la paix, à condition de débourser 1 milliard de dollars, le prix du siège pour les membres permanents. Les pays conviés à ce Conseil et ayant accepté l’invitation ont signé la charte fondatrice de cet organisme à Davos, ce jeudi 22 janvier, peu avant midi.
La France, l’Ukraine et la Norvège sont les seuls pays à avoir pour le moment refusé publiquement l’invitation du président américain.