Dans son rapport annuel publié ce mercredi 4 février, l’ONG Human Rights Watch (HRW) dépeint la sécurité et la situation des droits humains dans le monde. Le rapport pointe principalement le virage autoritariste conduit par le président américain, désigné comme principale menace pour la démocratie des États-Unis et celle du monde.
Le ton est donné dès la préface du rapport. Le directeur exécutif Philippe Bolopion la titre : « Les droits humains survivront-ils à un monde trumpien ? ». Les neuf pages établissent un constat de la situation américaine dont le basculement dans l’antidémocratie est fixé à l’année 2025. Pour cause, en un an à peine, Donald Trump a mené de multiples assauts tant en interne, contre les piliers de la démocratie américaine, qu’à l’international, contre l’ordre westphalien que les États-Unis ont pourtant façonné, loué et protégé jusqu’à ce basculement.
De retour à la Maison-Blanche pour son second mandat, Donald Trump avait, dès le premier jour, engagé une sape des programmes fédéraux destinés à promouvoir la diversité, l’équité et l’inclusion. Trop woke pour le n°47, la suppression de ces programmes par décret présidentiel (s’acquittant des voix du Congrès) est un véritable doigt d’honneur aux valeurs défendues par les pères des droits de l’homme. Dans son rapport, HRW souligne ce « mépris manifeste » des droits humains, ne manquant pas de critiquer et condamner les politiques jugées abusives du président.
Ce mépris, aussi assumé soit-il, est d’autant plus dangereux lorsqu’il légitime les violences abusives perpétrées par les agents de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) et des forces de l’ordre, qui pourraient, comme l’a déclaré Trump, bénéficier de l’immunité accordée par le président. Les agents de l’ICE ayant déjà tué Silverio Villegas Gonzalez, Renée Good et Alex Pretti, trois citoyens américains, la possibilité qu’ils ne soient ni poursuivis ni condamnés alarme l’ONG. Il est aussi important de souligner que l’ICE n’a, en premier lieu, été déployée que dans de grandes villes démocrates dont les maires sont noirs, sous prétexte de lutter contre une « insurrection » et la criminalité. Ce prétexte de la criminalité est, aux États-Unis, comme dans les pays dont les partis politiques d’extrême droite l’admirent, imputé à l’immigration.
La désignation de boucs émissaires sur des bases raciales et ethniques par l’administration, le déploiement intérieur de forces de la Garde nationale dans le cadre de prises de pouvoir prétextuelles, les actes répétés de représailles contre des ennemis politiques présumés et d’anciens responsables désormais critiques à son égard, ainsi que les tentatives d’élargir les pouvoirs coercitifs de l’exécutif et de neutraliser les contre-pouvoirs démocratiques constituent le fondement d’un net glissement vers l’autoritarisme aux États-Unis.
De la lutte contre ce qu’il considère comme la criminalité, sous couvert d’ethnophobie, Trump a fait son maître mot et le revendique à l’international.
Si le rapport d’HRW pointe d’abord du doigt le revirement autoritaire des États-Unis, il souligne également la dangereuse influence que de telles politiques peuvent avoir à l’international.
En plus de son travail de sape contre les institutions et politiques de protection des droits au niveau national et fédéral américain, Donald Trump a tourné sa politique étrangère vers l’affaiblissement des institutions internationales chargées de faire respecter ces normes. À ce jour, l’administration Trump ne fait plus partie du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, de l’Organisation mondiale de la santé et de l’Accord de Paris, notamment. Les paiements obligatoires à l’ONU, pourtant nécessaires à l’efficacité des mécanismes de défense des droits humains, des opérations humanitaires et des missions de maintien de la paix, ont également été coupés par les États-Unis. L’USAID, principal instrument de l’engagement mondial des États-Unis en matière de droits humains, a également été démantelé.
Les coupes dans l’aide étrangère américaine ont été appliquées de manière généralisée, affaiblissant les programmes à travers le monde, y compris dans les régions touchées par des crises et dans les sociétés réprimées.
La Cour pénale internationale, la plus grande instance de juridiction mondiale, n’échappe pas aux assauts de Trump. Le bureau de la justice pénale internationale au département d’État a été aboli et de multiples sanctions ont été prises contre la CPI, notamment une contre un expert des droits humains de l’ONU.
Le rapport 2025 qu’avait rendu ce même bureau sur les droits humains aux États-Unis a par ailleurs été politisé et « gravement déformé », juge le rapport d’HRW. Le rapport a en effet « omis » et « minimisé » des catégories essentielles de violations des droits. Ce tri opéré par l’administration Trump constitue non seulement une censure, mais décrédibilise les rapports pourtant considérés comme une ressource fiable et cruciale pour la société civile.
HRW conclut son rapport 2026 sur les États-Unis par cette phrase qui place les États-Unis dirigés par Trump comme une menace aux droits humains du monde entier, appelant les pays qui tiennent encore à leur démocratie à ne plus se rallier ni donner de crédit aux États-Unis, tant cela aggraverait le risque d’un recul des droits à l’échelle mondiale.
Ces actions de l’administration Trump ont constitué une menace majeure pour l’architecture mondiale des droits humains. L’abandon assumé d’un engagement de longue date — bien qu’inégal — des États-Unis en faveur de l’État de droit, de la démocratie et des droits humains comme piliers de leur politique étrangère a envoyé aux autres gouvernements le signal que les États-Unis ne peuvent plus être considérés comme un acteur fiable pour défendre le droit international des droits humains ni pour user de leur influence afin d’exiger des comptes en cas de violations.